Voyage dans le creux de la vague

Voyage dans le creux de la vague

Par 15 septembre 2015 Actualités

« Je craque, ça ne va pas, j’ai pas le moral, j’en ai marre, j’en peux plus… »

Nous avons tous connu ces moments de passage à vide où nous nous sentons un peu déprimés, avec l’impression que nous n’arriverons pas à nous en sortir. Les sentiments d’échec et d’anéantissement de soi paraissent alors interminables, avec une touche de fatalisme et une grosse dose de négativité.

Est-ce une dépression ? Quand les pensées négatives s’inscrivent dans la durée, pendant plusieurs semaines, ou pire plusieurs mois, atteignant un niveau important de désespoir, de démotivation généralisée, de perte de tout plaisir et une forte dévalorisation personnelle, il est nécessaire de consulter un professionnel de la santé pour ne pas rester dans cet état de souffrance ou même de risquer que cet état s’aggrave. Bien souvent il s’agit plutôt de périodes de tristesse et de mélancolie temporaires. Dans le fond, on sait bien que ça va passer, ça passe toujours, on remonte, pourtant sur le moment c’est douloureux et tellement inconfortable. Nous voudrions tant retrouver l’énergie et l’enthousiasme égarés, mais surtout nous aimerions ne plus avoir à ruminer si intensément ni avoir à s’épuiser dans des actions qui nous semblent peu efficaces et peu valorisantes.

Je vous invite, malgré l’inconfort de la situation, à vous attarder un peu dans le coeur de cette période si désagréable du creux de la vague afin d’y regarder de plus près ce qui s’y passe vraiment. De façon incroyable, nous allons même y trouver certains bénéfices ! (si, si…)

 

Survivre au chaos

Le plus souvent, ces moments de crise surviennent avec la fatigue, ou bien lors d’une situation peu habituelle et inconfortable, ou enfin lorsque nous ne maitrisons plus vraiment ce qui se passe autour de nous. Il y a alors insatisfaction, frustration, peur, sentiment d’échec et souvent désamour de soi. Nos petites voix intérieures insufflent des « je suis nul » et des « je n’y arriverai pas » qui touchent notre inadaptation tant existentielle que comportementale.

Jacques de Coulon propose d’adopter quatre stratégies successives :

  • Prendre de la hauteur de vue comme l’aigle : Bien souvent les difficultés proviennent de notre fixation sur le problème sans réussir à relativiser ou à élargir notre angle de vue. Or, même si un pan de notre situation est insatisfaisant, qu’en est-il des autres aspects ? Qu’y a-t-il d’autre à observer autour de ce problème ?
  • S’envoler comme le papillon : La difficulté est le plus souvent un passage, un moment, un tunnel sombre qu’on traverse et au bout existe la lumière. Le cocon n’est pas l’ultime étape de la chenille, il s’agit d’une transition vers l’envol du papillon.
  • Y voir plus clair comme la chouette : Comprendre ce qui a posé problème permet d’avancer avec une meilleure connaissance des difficultés et aussi de nos réactions face à ces difficultés.
  • Se transformer comme le magicien : Finalement cette crise nous permet de réaliser que quelque chose ne nous convient pas qu’il va falloir changer. Le creux de la vague nous offre alors une opportunité d’amélioration.

 

Il en ressort ainsi quatre étapes du vague à l’âme : La patience, la curiosité, la créativité et la transformation. Etre patient revient à accepter l’instant présent, aussi désagréable soit-il, pour donner une place aux émotions de tristesse et d’insatisfaction. C’est un temps de repli nécessaire pour réfléchir sans néanmoins se complaire dans la souffrance. Etre curieux peut alors permettre d’identifier les bénéfices éventuels dans cette souffrance autant que les blessures qu’elle ravive. Etre créatif permet de trouver une solution permettant de conserver les avantages tout en renonçant à ce qui nous empêche d’avancer. Se transformer signifie alors remonter la pente, grandir, se sentir plus fort et à nouveau mieux.

La première démarche touche aux sentiments et aux sensations. Comme le dessin animé « Vice-versa » (« Inside Out aux Etats-Unis Etats-Unis) nous l’illustre parfaitement, toutes les émotions sont importantes et permettent d’aller de l’avant. La colère nous pousse parfois à nous rebeller et à agir. Dans le dessin animé, c’est l’alliance de la joie et de la tristesse qui va permettre au personnage principal de retrouver la confiance de franchir une nouvelle étape de sa vie.

Taire ses émotions, les étouffer, c’est risquer de les voir prendre une ampleur dévastatrice. Avoir le courage de les laisser s’exprimer, c’est écouter ce que les situations éveillent en nous en terme de sensations, de souvenirs et de satisfaction personnelle. C’est également rechercher ce qui pourrait être préférable en fonction de nos expériences antérieures, de nos désirs et de nos envies, ce qui permet ensuite de se positionner dans une action plus efficace. De l’émotion nous accédons à la pensée qui nous permettra alors d’adopter un comportement approprié.

De cette façon, quand je ne vais pas bien je m’accorde une journée de solitude et de tristesse. Je broie du noir, je me morfonds et je laisse mes pensées négatives s’exprimer. Une fois que je les ai évacué, je m’interroge sur ce qui est vraiment authentique là-dedans et quelles sont les histoires que je me suis raconté. Je trie, je range et j’ordonne mes idées en recherchant ce qui pourrait bien exister d’autre. C’est à ce moment-là le plus souvent que me vient une nouvelle inspiration. Riche d’autres pensées, j’ouvre la porte pour me lancer dans un chemin différent et inspirant. Ça va mieux !

Les enrichissements nés de l’expérience d’un moment « down » sont principalement de trois types : flexibilité, compassion et résilience.

 

La surf attitude (flexibilité)

Comme nous venons de le voir, la patience est nécessaire pour attraper la prochaine vague porteuse. Comme le surfer, c’est en adoptant une attitude souple sans se confronter à l’adversité de façon frontale, qu’on associe équilibre et efficacité. Sans forcer ni s’imposer, il s’agit de faire corps avec les éléments. Selon Joël de Rosney : « Les rapports humains sont toujours des rapports de force, avec des affrontements, un vainqueur et un vaincu. Dans le surf, c’est tout autre chose. Ce sont des rapports de flux : ce que je donne à la vague, je ne le perds pas. Ce qu’elle me donne, elle le récupèrera. Je dose, j’équilibre, je m’adapte à mon environnement… C’est une vraie philosophie du mouvement qui m’aide à mieux appréhender la complexité de la vie. »

 

L’acceptation de l’imperfection (compassion)

Les peurs et les frustrations déclenchent le plus souvent une attitude de jugement de soi. La quête d’un idéal de soi nous pousse à placer la barre très haute, avec le risque d’être déçu de ne pas être assez bien. Le risque est alors de ne pas voir tout le chemin parcouru tandis que nous observons uniquement l’objectif inatteignable. Prendre le temps de reconnaître les avancées personnelles, s’accepter soi dans sa réalité authentique et imparfaite, se montrer moins ultra exigeant avec soi-même, c’est aussi baisser une pression excessive. Aussi, nous nous évaluons parfois en nous comparant aux autres. Or, il ne s’agit pas de la réalité d’une autre personne, mais ce que nous en percevons, fruit de nos fantasmes et notre idéalisation. S’accepter soi avec compassion, c’est ne pas se positionner en fonction du regard de l’autre mais en fonction de ce qui est vrai et bien pour nous, avec humilité et gratitude.

 

L’art de repartir en avant (résilience)

C’est en vivant ces moments de doute, de peur et de découragement qu’un profond changement s’opère en nous. Nous apprenons à être plus résilient, plus fort et plus résistant. Nous apprenons à nous dépasser et nous gardons le souvenir de nos victoires. Nous savons dorénavant que nous avons franchi les obstacles par notre capacité à rebondir, ce qui nous offre de nouveaux outils de résistances.

 

De cette façon, les creux de la vague représentent des moments de pause, d’attente et de nouveaux départs. Avec patience et tolérance, c’est en traversant ces crises qu’on se découvre plus fort et plus résistant, avec davantage de ressources que ce que nos saboteurs essayent parfois de nous faire croire.

 

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